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Même si le mot "enlisement" reste tabou à Paris, la position de la France au Sahel, où se multiplient les attaques jihadistes contre son contingent et les forces internationales, n'incite pas à l'optimisme, estiment des experts.

"Je ne pense pas qu'il soit possible de régler le problème au Mali en moins de dix à quinze ans, si tant est que nous le puissions", avait admis fin février le général François Lecointre, chef d'état-major des armées françaises. "L'évolution de la situation au Mali n'est guère satisfaisante et nous n'en partirons pas demain, sans qu'il s'agisse pour autant d'un enlisement, avait-il ajouté.

Enfermés dans des bases régulièrement attaquées, victimes de mines cachées sur leurs itinéraires (deux spahis ont été tués en février, quatre soldats ont été blessés à Gao dimanche) les militaires français mènent régulièrement des opérations au Mali, à grand renfort de colonnes blindées, d'avions et d'hélicoptères, "neutralisent des groupes armés terroristes", mais ne parviennent pas à faire reculer durablement la menace jihadiste.

"Pas du tout satisfaits"

"Mali : la guerre sans fin" titrait en avril le quotidien Libération. 

"Les Américains ont tenté cette approche tout sécuritaire en Afghanistan: résultat, les talibans y sont plus forts que jamais" confie à l'AFP Bakary Sambe, directeur du groupe de réflexion Timbuktu Institute à Dakar. "Les Français font de même dans le nord du Mali: non seulement les jihadistes n'ont pas disparu mais ils se sont multipliés. Comble du comble, le jihadisme a contaminé le Burkina-Faso, le Niger et la Mauritanie".

"Barkhane est désormais enlisée", estime-t-il. "La force G5 Sahel a été vue par certains comme une possibilité de désengagement de la France dans la région, mais je n'y crois pas. Cette force est nécessaire pour combattre le terrorisme dans la région, mais elle a du mal à devenir opérationnelle".

La "Lettre du continent", publication spécialisée sur l'Afrique, a indiqué la semaine dernière que "la force de lutte antiterroriste G5 Sahel, censée être opérationnelle depuis mars, est au point mort".

Sur les plus de 400 millions d'euros promis pour financer cette force régionale, seulement 500.000 euros versés par le Rwanda ont été réceptionnés, assure la Lettre. "Le fonds fiduciaire devant gérer les contributions au G5 Sahel reste une coquille vide".

"Nous ne sommes pas du tout satisfaits de la compréhension et de l'aide que nous recevons" a déclaré à ce sujet le président mauritanien Ould Abdel Aziz. "Nous pensons aussi qu'au niveau des Nations unies des portes nous sont fermées".

Le quartier général de la Force du G5 Sahel, à Sévaré (Mali) a été pris pour cible le 29 juin par un kamikaze à bord d'une voiture piégée, faisant trois morts dont deux militaires.

Censée "gagner la confiance des populations", selon les termes de son secrétaire général, la force a été dénoncée par des associations de défense des droits de l'Homme pour la participation de ses soldats à des exactions ou des massacres.

Ainsi la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) a conclu que le 19 mai des éléments du bataillon malien de la force avaient exécuté sommairement douze civils dans un marché au bétail d'un village du centre du pays, après qu'un des leurs y eut été tué.

En un an la force conjointe a mené, avec l'appui direct et logistique de la France, trois opérations, dont la dernière s'est achevée début juin, sans résultat plus tangible que les précédentes.

La Salle des délibérations de la Mairie de Mbour va accueillir ce lundi 2 juillet à 15h la Cérémonie du lancement national du Projet « OSC et associations sportives du Sénégal pour une culture de la paix et contre la violence » en présence des autorités, des élus et des représentants de la Société civile et des Associations sportives et culturelles (ASC) et de l’Ambassade de France. 

Cette initiative entre dans le cadre du dispositif  PISCCA (Projet Innovant des Sociétés Civiles et Coalitions d’Acteurs), un nouveau programme initié par l’Ambassade de France, ayant pour ambition, entre autres, de promouvoir les initiatives citoyennes au Sénégal et en Gambie. 

Timbuktu Institute- African Center for Peace Studies avait présenté un projet qui a été sélectionné et jugé « innovant » en faisant collaborer les organisations sportives (ASC) et de la société civile qui mobilisent leurs Cités dans le domaine de la lutte contre la violence des jeunes et la promotion des valeurs citoyennes dans plusieurs région du Sénégal notamment à Mbour, Saint-Louis, Thiès et Kaolack. 

Pour Dr. Bakary Sambe, Directeur de Timbuktu Institute et professeur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis qui rappelle que « l’objectif général du PISCCA est d’accompagner, le développement des principes de recevabilité et de transparence dans l’action publique, de promotion des droits humains et de plaidoyer pour le climat, l’Institut était déjà sur ce terrain de la promotion des valeurs citoyennes et l’appui de l’Ambassade de France vient en son heure afin d’élargir son rayon d’action et atteindre plus de jeunes à travers le pays ». 

 De plus, avec ce projet qui a été sélectionné, Timbuktu Institute pourra « mieux se déployer notamment dans la sensibilisation des jeunes à la culture citoyenne tout en renforçant les capacités de la société civile et des médias locaux sur les thématiques des Droits humains et des actions de prévention contre la violence ». 

Ce qui, pour Mme Yague Samb, chargée du Pôle « Dialogue politique et résolution des conflits » au sein de Timbuktu Institute « entre en droite ligne dans la logique des composantes 2 et 3 du PISCCA qui est un dispositif innovant et participatif dans le sens de la pleine implication des jeunes eux-mêmes dans le processus ainsi que leur autonomisation et la pérennité des actions implantées ».

On June 25th 2018, an agreement was signed between the Rosa Luxembourg Stiftung and the Timbuktu Institute- African Center for Peace Studies focused in youth and religious problematics based in Dakar.

The Rosa Luxembourd Stiftung, represented by Mrs Maimouna Ndao, on behalf of Dr ; Armin Osmanovic and the African center for peace studies- Timbuktu Institute, directed by Dr. Bakary Sambe agreed on the project entitled « Youth, Political Parties and Political participation. »

Indeed, firstly presented by the Timbuktu Institute, this project is based on research work mainly focused on the role of youth and its involvment in politics.

The project has 2 (two) specific objectives :

  • to provide scientific-based answers to better understand and document disaffection of young people (between 15 and 35) towards political parties in a constructive way ;
  • to mobilize young people regarding both political and electoral participation aspects for them to better express their concerns in a peaceful and constructive way. In other words, the goal is also to develop young people’s critical mind.

 

The agreement between the two institutions relies on a roadmap to include programs and activities which will be conducted within the Timbuktu Institute. It should be implemented from June 1st and will be conducted with different sensitizing activities until next December 31th.

 

With the coming elections to be held in Senegal in February 2019, this partnership is also a way to shed a  light on the political aspirations of the youth and their expectations from the political leaders and parties in the next ten years. A promising experience !

 

By Thaïs Matton, Trainee, (Summer 2018)

Interview with Dr. Bakary Sambe

On December 13th 2017, Saudi Arabia and the United Arab Emirates announced respective disbursements of 100 and 30 million dollars in Saint-Cloud (France) to support the implementation of a multinational force of the G5 Sahel (a coalition of 5 Sahel countries to counter terrorism). What are these monarchies seeking with such a gesture? Is the Sahelien burden suddenly too much for French president Emmanuel Macron to bare?

 

In this exclusive interview granted to Ouestafnews, Dr. Bakary Sambe, Director of the Timbuktu Institute and professor at l’Universite Gaston Berger de Saint Louis (Senegal), and specialist of the Muslim world and transnational Sahel networks, analyses the insertion of Saudi Arabia and the UAE into the realm of the Sahel.

 

Ouestafnews: Why have the monarchies of the gulf just decided to finance military forces in the Sahel at this moment?

 

Bakary Sambe: It’s a sign of the profound mutation of diplomatic coupling and contemporary international relations. The logic of influence has undeniably substituted that of power.  But Donald Trump’s visit to Saudi Arabia and the apparent palatial revolution in Riyadh were not for nothing. That the Saudis are so actively engaging in the war on terror signals a strong will to demonstrate a change in attitude in order to no longer fulfill the idea that Saudi Arabia is a country that exports radical ideologies.

 

The fact that this is occurring in the relative minefield that is the Sahel, also the locale of a geostrategic competition between Western powers in which France promotes the G5 Sahel while the US are well positioned in Agadez and maintain the strength of AFRICOM, reveal a truly calculated move on the part of the Saudis.

 

Above all, it indicates a position that is far from timid, especially when considered within the context of rivalries between Saudi Arabia, Iran and Qatar.

 

O: What are they hoping to gain from this financial contribution?

 

B.S. : In addition to the aforementioned change of image for these countries, these monarchies do not want to miss the opportunity to put themselves on an important playing field and in a competition for control of resources and strategic positions.

 

We already knew about these countries’ interest in viable land for agriculture due to a food crisis that would put both at risk. But they are worried also about diversifying partnerships in an uncertain world, to put their oil dollars to good use in the vast space of investment opportunities far from Western countries that could freeze their assets and investments on the grounds of counterterrorism, like after September 11th.

 

Nevertheless, an important element of this is also the rivalry between these countries that dates back to the Iranian revolution, in which Saudi Arabia hopes to limit and contain the spread and power of Shiism. This concern has been shared by Morocco, a transitory country and intermediary for financial redistribution with its numerous banking institutions in Sub-Saharan Africa.

 

The recent developments between Qatar and Saudi Arabia also indicate that we have not truly left behind a checkbook diplomacy backed by a frenzied quest for influence that is heavily dependent on religious bias.  In this context, a moderate, equidistant position is most prudent for our country.

 

O: Is this a way for Saudi Arabia to try and rid themselves of the image of “promoters of Salafism” that they can’t seem to shake?

 

B.S.: It’s true that Riyadh is in the midst of a campaign to charm and indicate goodwill towards efforts to counter terrorism after years of ambiguity in regard to its religious influence and exportation and promotion of Wahhabism. This gesture towards the G5 countries and Western powers they hope will be sufficient to not only reassure these partners but rally them to Riyadh’s cause against Qatar. 

 

But the bigger question facing Saudi Arabia is more complex: how do the al-Saoud conciliate the will to reform as envisioned by Mohamed Ben Salmane with the imperative of the religious wing, the al-Shaykh, who’s power is derived from the tenants of Wahhabism.

 

All of this depends on this objective alliance and the ingenuity of Ben Salmane to reconcile concern for socio-religious modernization in terms of both politics and appearance. That’s what the near future holds.

 

O: How can we analyze France’s attitude and decision to “share” its sphere of influence with actors from the gulf?

 

B.S.: The clear and explicit allusion to Saudi Arabia as a new partner in the war on terror in Macron’s speech at Ouagadougou insinuates a Franco-Saudi entente without precedent, circumstances notwithstanding. However, France also finds herself confronted with the same dilemma to defend and promote its democratic values, the foundation of its counter-terrorism efforts in the Sahel, and managing a new ally that does not share these same values or even the same suspected economic motivations. 

 

The other question is to determine whether the war on terror should only be limited to military options that the international partners of the Sahelien countries seem to favor.

 

O: Is there another way besides using weapons?

 

B.S.: Maybe at the next Dakar Forum on Education will pose a debate on diversifying and complementing these approaches, and that will tackle this issue of education and radicalization head on.

We know also that it’s in the universities of those who are injecting billions of dollars into military bidding that these radical ideologies which plague the Sahel are conveyed. Moreover, this last question seemed to be at the heart of Donald Trump’s requests during his fruitful visit to the gulf.

Nul n'ignore le contexte du déclenchement de la rébellion qui ébranla le Nord-Mali, fin 2012, ni la manière dont des Touaregs de la région de Kidal, puis des groupes extrémistes violents et partisans d'un islam rigoriste (Ansar Eddine d'abord, Al-Qaïda au Maghreb islamique et, plus récemment, le Front de libération du Macina) firent trembler Bamako. Nul n'ignore non plus que des régions de Kidal, Tombouctou et Gao ont sombré dans le chaos avant que l'opération Serval conduite par l'armée française à partir de janvier 2013 ne rétablisse un semblant de stabilité et d'accalmie au Mali.

 

Mais bien avant cette intervention, il existait des éléments factuels de nature à alimenter des inquiétudes. On peut citer notamment la présence des narcotrafiquants qui agissaient très souvent avec la complicité de la chefferie locale et d'une certaine hiérarchie militaire. Le septentrion malien constituait depuis longtemps déjà un terreau favorable à la constitution et au développement des groupes terroristes et des bandits armés. Ils y régnaient en maître, mettant en difficulté un Etat par ailleurs miné par la corruption et qui, de ce fait, rencontrait d’énormes difficultés à assurer aux populations locales les services sociaux de base.

 

Mais la présence des armées étrangères sur le territoire malien ne suffit pas à résoudre le problème sécuritaire que pose les groupes armés dans le nord et maintenant le centre du pays. Ceux-ci demeurent très actifs et multiplient les attaques contre les civils et les forces de sécurité. Les milliers d'hommes déployés sous la bannière de Barkhane (qui a pris la suite de Serval en 2014), de la Minusma (la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali) et de la force conjointe du G5 Sahel n'y ont rien fait, ou presque. Aujourd'hui, les populations locales sont désemparées, déboussolées et apeurées, et l'on peut légitimement s'interroger sur la finalité des actions militaires entreprises au Mali aussi bien que sur l'utilité de la présence de toutes ces forces d'intervention qui, de par leur nombre, peuvent donner l’impression d’un chaos généralisé.

 

La communauté internationale mise beaucoup sur la force du G5 Sahel. La France, pour ne citer qu'elle, espère qu'elle lui permettra de se désengager de la sous-région, de contrôler les routes clandestines pour stopper le flux de migrants vers l’Europe et de sécuriser ses intérêts économiques à moindre coût tout en se prémunissant contre de possibles attaques terroristes commanditées depuis les confins du Sahara. Cette force conjointe a déjà mené deux missions expérimentales dans les zones situées à la frontière du Burkina et du Niger : les opérations Hawbi (la « Vache noire » en Songhoï) en novembre 2017, et Pagnali (« le Tonnerre » en Peul), en janvier dernier. Cette dernière a réuni 350 soldats burkinabés, 200 Nigériens, 200 Maliens et 180 éléments de la force Barkhane. 

 

Mais, happé par cette frénésie militaire, on oublie de rappeler que l’insécurité est d'abord nourrie et entretenue par la corruption des élites au pouvoir. C'était le cas avant 2012 et ça l'est encore aujourd'hui. Dans un rapport daté d'octobre 2014 qui avait fait grand bruit, le Bureau du vérificateur général questionnait déjà les modalités d'achat d'un aéronef et de matériel militaire. Trois ans plus tard, il écrit encore que « les défis restent énormes face à la délinquance économique et financière », citant le non-respect des textes législatifs, l'attribution irrégulière de marchés, des dépenses non autorisées, des dépassements budgétaires, l’utilisation irrégulière des ressources financières, etc.

 

L'outil sécuritaire doit se doubler d'une bonne gouvernance et d'une distribution équitable des services sociaux de base. Ajoutons aussi qu'il est inefficace de mettre sous tutelle les forces de défense et de sécurité du Mali : on ne vient pas en aide à une armée souveraine en la laissant sur la touche. Il faut donc renforcer la coopération militaire entre les forces en présence (car qui dit force conjointe ne dit pas réelle coopération) et prendre davantage en compte l’ingénierie locale dans l’élaboration des stratégies militaires, tant il est vrai que, par endroits, hiérarchie sociale et logique militaire sont antinomiques. Ce n'est qu'à ce prix que l'on pourra instaurer une paix durable au Mali.

Par Dr. Aly Tounkara

Dans le cadre l’étude perception menée par Timbuktu Institute dans les zones frontalières du Sénégal et de la Mauritanie un fait essentiel a été le rejet des prêches « virulents » mais aussi l’attachement au système laïc. Ce dernier point semble très important car il dénote un certain hiatus, une véritable rupture entre les orientations du débat intellectuel et la perception des jeunes.

Extraits du rapport (données et graphiques) :

Face à un prêche « virulent » ou « extrémiste » d’un Imam, les avis des jeunes de Rosso divergent. En cas d’un prêche jugé « violent » ou « extrémiste » de son Imam, plus d’un tiers, 33,7% ne diraient rien tandis que 33,4% préfèrent en parler à des amis ou à des autorités au moment où 6,4% jugeraient que l’autorité religieuse a forcément raison.

Cette résistance à des sermons extrémistes peut être vue, à priori, comme une attitude positive. Mais, il est aussi important de noter une certaine réticence à combattre et dénoncer plus activement ces narratives extrémistes, en particulier quand elles viennent d’une figure religieuse comme l’imam.

Graphique 10 : Attitude face à un prêche virulent

 

Attachement à la religion et à la laïcité : des jeunes en quête de modèles ?

 

La question de la laïcité est d’une grande importance dans le contexte des débats entretenus par des franges intellectuelles parmi l’élite du pays aussi bien dans les cercles académiques qu’au sein de la société civile. Il y a un paradoxe qui a fait que la question a toujours été débattue sous l’angle de la contestation de l’héritage institutionnel façonné par la colonisation.

 

Il y a eu, ainsi, deux positions l’une aussi floue que l’autre : celle des intellectuels pensant que la laïcité notamment « à la française » serait inadaptée à une société fortement religieuse et l’autre – notamment défendue par les organisations islamiques – prônant une abrogation pure et simple d’une disposition entravant l’entrée de la religion en politique. S’y ajoute une autre couche : celles des activistes dont le rejet du modèle occidental et libéral dominant a poussé vers une position « réservée » par rapport au principe laïc au point de trouver, dans le cadre d’une alliance « objective » contre le « système », des accointances avec les militants de l’islam politique.

 

Mais, contrairement à la perception des chercheurs et intellectuels débattant du sujet, il s’est révélé, aussi bien dans l’enquête menée en 2016 en banlieue dakaroise que lors de cette étude à Rosso, que les jeunes interrogés tiennent à la laïcité de l’Etat et n’en ont pas la même compréhension négative véhiculée par les élites politiques, intellectuelles et religieuses.

Pour la grande majorité des jeunes de Rosso (71,4%), la laïcité demeure une « très bonne chose » ; seule une toute petite minorité, 10.7%, estime que c’est « une donnée à changer ».

 

L’écrasante majorité (87,2%), s’est prononcée favorablement pour la conservation du système laïc sénégalais.

Graphique 11 : attitudes face à la laïcité

 

Cependant, il serait aussi important d’essayer de comprendre ce que le concept de laïcité peut réellement signifier pour ces jeunes, afin de mieux évaluer les incidences d’une telle opinion dans un contexte de risque de radicalisation et de menace terroriste au niveau régional.

 

Une telle étude serait nécessaire pour mieux cerner cette perception dominante aussi bien dans l’enquête menée dans la banlieue dakaroise que dans les zones frontalières du Sénégal et de la Mauritanie. Pour rappel cette étude a été menée grâce au soutien du Bureau de Dakar Fondation Rosa Luxembourg.

Dans cet extrait d’une Interview accordée au New African Magazine (Mai-juin-juillet) qui offre un espace de débats et d’échanges aux experts et chercheurs du continent sur les grandes problématiques africaines internationales, Dr. Bakary Sambe revient sur la nécessité d’aller au-delà des solutions militaires et insiste sur la nécessité d’un changement de paradigmes dans la lutte contre le terrorisme. Déplorant que dans de nombreux pays du Sahel, il y a encore une grande confusion, dans les politiques publiques de sécurité, entre le contre-terrorisme et prévention et lutte contre l’extrémisme violent, le Directeur de Timbuktu Institute appelle à une approche holistique de la crise sahélienne qui nécessite des stratégies inclusives s’attaquant aux  « racines du mal » au lieu de rester obnubilés par les « symptômes » malgré les urgences sécuritaires. Il accorde aussi une large place à l’autonomisation des jeunes comme des femmes en tant qu’actrices de paix loin des schémas qui les confinent dans la victimisation.

 

Les moyens de la prévention contre le radicalisme extrême risquent d’avoir l’effet d’une épée dans l’eau. Comment faut-il s’attaquer efficacement à cette problématique de fond?

Deux choix s’offrent à nous et à nos Etats : prévenir l’extrémisme violent dès maintenant par l’investissement dans l’éducation et la justice sociale en s’attaquant aux causes structurelles des frustrations qui nourrissent le djihadisme ou attendre les attaques qui n’épargnent personne, ni aucun pays pour intervenir militairement, indéfiniment et inefficacement avec grand risque de reproduire les causes du mal que l’on cherche à combattre. L’Europe et l’Afrique ont un destin commun. Nous sommes devenus une même communauté internationale, celle des vulnérables. De manière égalitaire nous le sommes aussi bien à Gao, dans l’Oudalan burkinabé qu’à Paris, Londres ou Bruxelles. C’est dans ce sens que des stratégies inclusives doivent être conjointement bâties pour une approche holistique du phénomène de l’extrémisme, loin des solutions conjoncturelles et strictement militaires qui ont montré leurs limites en Afghanistan, au Nord Mali comme dans le Bassin du Lac Tchad.

L’approche militaire et sécuritaire semblent l’emporter largement la logique de bon sens. Celle de traiter le mal à la racine: trouver des réponses à la pauvreté, la précarité et l’injustice qui frappent une frange de la population dans les pays du Sahel. Aveuglement, impuissance...?

 Tant que l’arrogance des injustes ne cessera pas, l’ignorance de ceux qui se sentent comme victimes alimentera les rhétoriques les plus violentes pour paraphraser un important leader religieux du Sahel. J’ai coutume de dire que, jamais dans l’histoire, une kalachnikov n’a jamais tué une idéologie. L’approche militaire est, certes, nécessaire pour contenir la menace dans certaines circonstances mais elle ne la fera jamais disparaître ; elle risque même d’être contreproductive. De récentes études au Mali ont mis en exergue la mauvaise perception de la MINUSMA comme de Barkhane au sein de la population et de la classe politique. Le Président Buhari promettait d’en finir avec Boko Haram en décembre 2016, il a été contraint de négocier avec la secte extrémiste. Les conditions socioéconomiques de la marginalisation et de la paupérisation au Nord du Nigeria sont restées intactes. La racine du mal se trouve dans les inconséquences des politiques développées par nos pays ou promues par une communauté internationale négligeant le regard anthropologique et l’autocritique après quarante ans d’absence qui ont profité aux vendeurs d’illusions et au salafisme. Il s’agit moins d’une impuissance que d’une absence de volonté ou du moins de vision prospective. Le phénomène terroriste a inauguré l’ère de l’action sous la pression sans prise en compte de la vision des partenaires du Sud. Sur la question sahélienne, il y a aujourd’hui une faille énorme, un vrai hiatus, entre l’approche internationale et les perceptions locales. Il est temps d’arriver à une coordination des actions des puissances occidentales et, entre-elles et les initiatives locales, pour éviter un futur conflit de perception des conflits au Sahel.


 Entre terrain et travail de conceptualisation... vous êtes en mesure de nous préciser la « bonne méthode » pour approcher ce sujet crucial pour la stabilité des pays de la région sahélienne...

Le propre du terrorisme est d’être une longue chaîne dont chaque maillon pris individuellement peut ne pas être répréhensible ou punissable par la loi. Nous n’agissons généralement qu’au bout de la chaîne et de manière tardive et inefficace. Nos pays ont légiféré par réaction et agissent sous la pression de la menace. Il est très courant dans le dialogue avec les autorités étatiques qu’elles confondent contre-terrorisme et une véritable stratégie de prévention de l’extrémisme violent qui fait défaut pour l’heure. Face à la complexité d’un phénomène qui n’a même pas de définition consensuelle, nos Etats se complaisent dans la réaction sécuritaire qui donne bonne conscience d’agir et néglige les impératifs de développement équitable et de justice sociale. Le G5 Sahel peut être un outil performant si nous arrivons à lui donner du contenu au-delà du militaire en relevant son niveau de contribution dans le développement et la résilience. Un changement de paradigme et d’approche s’impose. Et ce n’est pas un hasard que la stratégie des Nations Unies soit revue dans son articulation en identifiant des priorités-clés comme la croissance inclusive et équitable ; les services publics, y compris l'accès aux services de base, la gouvernance et la primauté du droit ; le climat et l'énergie ; l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes. La seule lueur d’espoir que j’entrevois dans toutes ces initiatives constructives est la grande volonté d’implication des femmes dans la lutte contre l’extrémisme et la réduction de leur vulnérabilité qui passera forcément par leur pleine autonomisation notamment économique.

 

Dr. Bakary Sambe est Directeur du Timbuktu Institute (Dakar) et coordonnateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique, politologue professeur Centre d’étude des religions de  l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal). Il a accompagné la mise en place de la CellRad au sien du G5 Sahel et suit aujourd’hui les processus de mise en place de stratégies nationales de lutte contre l’extrémisme violent dans le cadre du Projet Partenariats pour la paix de l’USAID (P4P) en Afrique de l’Ouest.

Dans sa lutte contre l’insécurité et le terrorisme, l’Oif a organisé une conférence sur la sécurité humaine à Ottawa. La rencontre qui a regroupé plusieurs acteurs notamment des universitaires et des hommes de média, a été l’occasion pour lever l’équivoque entre les concepts «contre-terrorisme et prévention de l’extrémisme» et de réfléchir sur comment éradiquer ce fléau. 

Pour sa part, le Directeur de Timbuktu Institute et non moins enseignant-chercheur au Centre d'Etudes des Religions à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, a soutenu que «l’approche strictement militaire n’a jamais résolu le problème de l’extrémisme violent». Et, «l’Afghanistan et le Nord du Mali en sont une parfaite illustration», a-t-il rappelé. 
  
 Bakary Sambe est d'avis que «le principal problème dans les pays francophones, est qu’il y a une confusion entre  contre-terrorisme et prévention de l’extrémisme violent  dans l’élaboration des différentes stratégies. Le contre-terrorisme s’attaque aux symptômes et manifestations du phénomène et ne s’intéresse pas aux causes profondes».   

Ne s’en arrêtant pas là, il a exhorté les pays francophones à « ne pas négliger l’approche préventive, moins coûteuse à long terme et s’attaquent aux causes profondes du problème». 

Coordonnateur de l’Observatoire des Radicalismes et Conflits religieux en Afrique (ORCRA), Bakary Sambe a été invité par l'Oif à présenter une communication sur les mesures qui pourraient être prises afin de prévenir la radicalisation au-delà des logiques purement répressives. 

 La conférence a été l’occasion pour le Directeur de Timbuktu Institute d’échanger avec la Secrétaire générale de la francophonie, le  Professeur Jacques Frémont, Président de l’Université d’Ottawa ainsi qu’avec Tidiane Dioh chargé des Médias à l’OIF. 

 

Source : www.pressafrik.com

Radicalisation zones frontalières : Conclusions et recommandations du nouveau rapport de Timbuktu Institute

Timbuktu Institute a procédé à la présentation de l’étude de perception sur les facteurs de radicalisation des jeunes dans les zones frontalières du Sénégal et de la Mauritanie (Rosso). Les résultats ont été présentés en présence des autorités nationales, des organisations internationales et des représentations diplomatiques.

Rappelant qu’il s’agit bien d’une étude de perception pour mieux comprendre le phénomène à partir de la vision des jeunes eux-mêmes, l’Institut a fait appel à la méthodologie de l’enquête CAP (Connaissances, Attitudes et Pratiques). Cette étude a donné des résultants plus rassurants en termes de résilience par rapport à ceux constatés lors du rapport de 2016 dans la banlieue Dakar. Il invite cependant les organes de presse à la vigilance par rapport à certains chiffres avancés et sans fondements dans ce rapport qu’il met à la disposition des chercheurs, des décideurs comme des médias pour une exploitation la plus objective et transparente.

Dans le but d’une meilleure présentation des résultats de l’étude, l’équipe a procédé à leur classification selon trois niveaux de tendances avant de formuler des recommandations opérationnelles pour mieux juguler la menace et renforcer la résilience dans cette région et au Sénégal de manière générale.

Tendances rassurantes

  • Malgré la transfrontalité et le voisinage immédiat d’avec la Mauritanie, les jeunes de Rosso résistent encore majoritairement à la percée des mouvements développant un discours plus ou moins radical et rejettent les discours appelant à la violence;
  • Les jeunes de cette localité restent très attachés, à une écrasante majorité, aux confréries soufies qui assurent un travail d’encadrement social à travers les dahiras (cellules confrériques) et autres organisations dépendantes ; ce qui expliquerait la faible présence de mouvements extrémistes;
  • Il découle de ces deux tendances sus-évoquées que les jeunes ont exprimé un fort rejet de l’éventualité d’un engagement dans des groupes extrémistes violents.

Tendances mitigées

  • Il y a une vraie méconnaissance du phénomène de l’extrémisme violent chez les jeunes de Rosso. Cela pourrait s’expliquer par un déficit d’information et un accès difficile aux médias ainsi qu’à l’absence d’actions de sensibilisation de la part de l’Etat et de la société civile.
  • Les mêmes signaux de vulnérabilité économique et de précarité sociale (chômage, pauvreté, exclusion sociale) notés en banlieue dakaroise lors de notre précédente étude, se retrouvent chez ces jeunes d’une localité reculée présentant toutes les caractéristiques d’une marginalisation territoriale.

Tendances préoccupantes

  • Le phénomène général de dualité du système éducatif sénégalais se retrouve nettement dans cette région. Cette situation fait persister un sentiment d’exclusion et de marginalisation des jeunes scolarisés dans les écoles religieuses et dans le système dit « arabo-islamique ».
  • Il persiste, au niveau des jeunes, une certaine inquiétude au sujet de la présence quoique timide des tendances rigoristes, de la porosité des frontières avec des passages récurrents et peu surveillés d’individus de différentes nationalités.

RECOMMANDATIONS

Au regard des données recueillies sur le terrain, des observations ainsi que des conclusions ci-dessus, l’équipe de recherche recommande de :

  • S’attaquer aux causes profondes de la précarité à travers une politique efficiente de promotion de l’emploi des jeunes et lutter contre le chômage en promouvant les activités génératrices de revenus notamment dans le secteur agricole et accélérer la mise sur pied d’une stratégie nationale inclusive de prévention de l’extrémisme violent.
  • Améliorer les conditions d’accès à l’école publique et mieux prendre en considération les écoles islamiques en y renforçant la formation, notamment, avec un volet professionnel;
  • Réduire les disparités socioéconomiques, les difficultés d’accès à l’information et aux médias ainsi que les facteurs de marginalisation notamment par une politique réfléchie d’aménagement du territoire prenant en compte la dimension transfrontalière;
  • Mener des actions de sensibilisation auprès des jeunes sur les enjeux et dangers de l’extrémisme violent et veiller à une meilleure surveillance des prédicateurs venant de pays voisins avec une implication constructive des forces de défense et de sécurité;
  • Impliquer davantage les chefs religieux confrériques dans le cadre d’une politique inclusive de prévention de l’extrémisme en collaboration avec le Cadre d’Intervention et de Coordination Interministériel des Opérations de lutte anti-terroriste (CICO) et les autres structures aussi bien étatiques que de la société civile.

Dakar, le 4 mai 2018 - Timbuktu Institute

Télécharger ici :

Les résultats sur l’étude inédite sur la radicalisation transfrontalière Sénégal-Mauritanie vont être présentés par Timbuktu Institute - African Center for Peace Studie. La cérémonie va se tenir ce vendredi 04 mai 2018 à partir de 10 heures à la Maison de la presse

Timbuktu Institute - African Center for Peace Studies, en partenariat avec la Fondation Rosa Luxembourg de Dakar, organise l’atelier de restitution des résultats du projet de recherche sur les facteurs de radicalisation et la perception du terrorisme dans les zones frontalière du Sénégal et de la Mauritanie, ce vendredi. 

 La rencontre qui va se tenir en présence des représentants de l’Etat et des corps diplomatiques, sera l’occasion d'échanger sur la méthodologie de l'étude et les tendances générales afin de proposer des solutions pour contrer les risques de radicalisation violente chez les jeunes de ces localités.