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According to Yague Samb, in charge of conflict resolution and political dialogue at the Timbuktu Institute- African Center for Peace Studies, “Privatization to maintain security and order in certain regions of Burkina Faso is risky in terms of inter-community conflicts.” Yague Samb, a specialist of the Sahel region explains 
 
“The recent killings committed in the Djibo region are a sign that the security measures entrusted to self-defense groups can be counterproductive and effect already existing relationships between communities who for a long time have lived together peacefully. As a reminder, this Sunday, 8 March 2020, attacks were perpetrated against the Fulani villages of Dinguila, Barga, and Ramdola in the north of the country by the Koglweoago, according to radio Oméga. However, a press release by the president of Burkina Faso still carefully refers to the attackers as “unidentified armed individuals.” 
 
According to Yague Samb, “Beyond a very symbolic national mourning decreed by the authorities of Burkina Faso, other urgent measures are necessary to ease the inter-community tensions in order to avoid at all costs a scenario similar to that of Central Mali—with massive killings such as in Ogossagou.” 
 
“The terrible events of Yirgu Fulbé should have been a wake-up call and the authorities must review the strategy of entrusting entire sections of security to militias and other vigilante groups despite the security pressure and the outbreak in attacks,” said Yague Samb. 

"By investing in the prevention of violent extremism in the Sahel, the Americans have so far opted for upstream action against terrorism by focusing on community awareness rather than military action," said Dr. Bakary Sambe, director of the Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies, based in Dakar and Niamey.


For him, "the choice of Dr. J. Peter Pham, who previously served in the Great Lakes region, illustrates a consideration of the preventive dimension and a strategy based on knowledge of the field, especially since this new Special Envoy will be responsible for coordinating U.S. engagement with international and regional partners, including the G5 Sahel and ECOWAS member states.

With a capacity-building program for Sahelian and West African states entitled Partnership for Peace Projects (P4P), "the United States had already supported the G5 Sahelian states in the development of a regional guide that was used to develop national strategies to prevent violent extremism," Dr. Bakary Sambe said. "Moreover, Niger has launched the development of its national strategy entrusted to the National Center for Strategic and Security Studies since November 2018, within the framework of this project funded by USAID", recalling that the "HACP will be an essential link in the implementation".

On the missions of this senior State Department official, the director of the Timbuktu Institute understands that he will be "heavily invested in addressing the threat of violent extremist organizations and preventing the threat from affecting other regions, as well as supporting the implementation of the Algiers Agreement and regional efforts to stabilize the tri-border region of Mali, Burkina Faso and Niger".

"Having been Vice-President of ASMEA, an Association of American Scholars for the Study of the Middle East and Africa, with which I have been working since 2008 while participating in the IVLP Program of the State Department, Dr. J. Peter Pham is first and foremost an expert recognized for his good knowledge of Sahelian issues, especially in terms of interactions between Africa and the Arab world," recalls Dr. Sambe.

(Niamey et les 2 jours) - A l'issue d'une manifestation qui a mobilisé une foule immense dans les rues de Bamako et au Palais de la Culture Amadou Hampathé Bah, le samedi 29 février, "l'Imam Mahmoud Dicko, ancien président du Haut-Conseil islamique du Mali a voulu prouver qu'il était incontournable dans le jeu politique malien" souligne Bakary Sambe, directeur de Timbuktu Institute. Pour ce dernier, "en mobilisant plus que que tout autre homme politique, cette personnalité parfois controversée, qui avait aussi participé au triomphe d'IBK, veut désormais ajouter à sa légitimité religieuse celle politique, à un moment de discrédit du leadership actuel".

"C'est une opération de récupération des frustrations et des contestations avec un nouveau discours, dépouillé de références religieuses afin de s'inscrire dans une forme de normalité politique loin de l'étiquette islamiste qui pourrait lui desservir".

Au moment où le Mali traverse une crise sécuritaire sur fond de contestations politiques, les autorités ont lancé un processus de dialogue « national inclusif » qui n'exclut même pas les deux principaux groupes terroristes dirigés pas Iyad Ag Aly et Amadoun Khouffa. Mais, cet "appel à l'insurrection" donnant un ultimatum au gouvernement est un nouveau jalon posé par Imam Mahmoud Dicko défiant aussi bien les autorités politiques, mais aussi les partenaires internationaux du Mali.

"Les termes utilisés par Dicko parlent d'eux mêmes. Lorsqu'il dit vouloir mettre fin à la "corruption" et à la "soumission", il adresse un message clair au pouvoir de Bamako et à la communauté internationale sur son intention de devenir le maître du jeu politique", analyse Bakary Sambe, qui rappelle que "toutefois, Dicko n'appelle pas à la cessation des attaques mais à une trêve, ce qui lui permet de maintenir la pression sur Bamako et de s'imposer comme le médiateur par excellence".

Selon le directeur de Timbuktu Institute, "ce discours est le prototype même de celui d'un acteur religieux surfant sur l'échec du politique pour s'imposer en porte-voix de populations en quête de repères, face au désaveu et au discrédit du leadership actuel. Mais le fait d'appeler les chefs terroristes à la trêve, notamment Iyad et Khouffa qu'il qualifie de "frère", illustre bien son poids et son influence dans ces milieux."

En termes de positionnement politique, le timing est bien choisi par cet "imam tribun" qui avait fait reculer ATT pour la promulgation du Code de la famille en 2009  et qui, avec le mouvement Sebati 2012, avait largement contribué à l'arrivée au pouvoir d'IBK. "Reste à savoir, quelle sera, d'ici vendredi, la réponse du palais de Koulouba face à cet imam aux grandes capacités de mobilisation, sachant profiter des moments toujours propices à la contestation du pouvoir », conclut Bakary Sambe.

(Niamey et les 2 jours) - Dans un récent entretien avec Niamey et les 2 jours, Timbuktu Institute annonçait la fissure de la Katiba Macina suite à de profondes divergences entre Amadoun Khoufa et ses lieutenants qui lui reprochaient d’avoir « dévié du projet d’instauration de la Dina » de Cheikhou Amadou pour la gestion des conflits fonciers et des bourgoutières notamment.

Pour Bakary Sambe, coordonnateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique (ORCRA), qui s’est confié à Niamey et les 2 Jours, « ces heurts qui avaient éclaté vers le 10 janvier ont ravivé la tension au sein de la Katiba et ont délesté Khoufa de nombre de ses soutiens notamment ceux qui avaient facilité son installation dans le Macina »

Les chercheurs de Timbuktu Institute détiennent de sources établies dans le Centre que « l’émergence dans la région de Nampala (centre du Mali) d'un nouveau groupe djihadiste, qui a prêté allégeance à l’État Islamique après avoir revendiqué la double attaque du 30 janvier contre des postes militaires à Sarkala dans le Cercle de Ségou ».

Selon les mêmes sources, « ce nouveau groupe terroriste implanté précisément à Nampala dans le cercle de Ségou se présente comme "les soldats du califat au Mali" (Jund al khilafa fi Mali) et a fait allégeance au successeur d’Abou Bakr al-Baghdadi, l’ex-chef de l’֤État islamique, Abu Ibrahim al-Hashemi al-Qurashi, dont le vrai nom serait Amir Mohammed Abdul Rahman al-Mawli al-Salbi »

Pour Bakary Sambe, qui reste encore prudent sur les orientations de ce nouveau mouvement terroriste, « il serait notamment composé de combattants qui faisaient jusque-là partie de la Katiba Macina d’Amadoun Khouffa, affiliée au groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) »

Selon toujours le directeur de Timbuktu Institute, « d’autres ex-fidèles de Khoufa auraient également quitté récemment cette katiba pour se rapprocher de la mouvance de l’État Islamique au grand Sahara (EIGS) d’Abou Walid Al-Sahraoui. Ils reprochent à Khoufa son inféodation à Iyad Ag Ghaly, la manière dont il répartit les butins de guerre et sa gestion des questions foncières ».

« Ces recompositions qui vont sans doute se poursuivre procèdent d’une stratégie d’adaptation des groupes terroristes qui ont subi cette semaine d’énormes pertes suite à une forte pression de Barkhane et des forces de sécurité de la région qui commencerait à porter ses fruits », conclut Bakary Sambe qui s'est entretenu avec "Niamey et Les 2 jours".

Prenant part aux Bamako Digital Days du 18 au 19 Février 2020 au Centre International des Conférences de Bamako (CICB), le Directeur de Timbuktu Institute a rappelé que le marché du digital était aussi celui des "biens symboliques, culturels, politiques et philosophiques". Pour lui, "l'Afrique doit y positionner son offre en termes d'alternatives et ne pas être en position de consommateur d'idéologies surtout celles-là qui prônent l'extrémisme et la terreur".
Dr. Bakary Sambe a lancé un appel aux bloggeurs et aux nombreux jeunes influenceurs du continent à s'impliquer dans la vulgarisation des messages de paix et le renforcement de la résilience des jeunes face à la radicalisation et l'extrémisme violent. 
Lors de ses échanges avec le jeune inventeur du "Facebook malien" Mamadou Sidibé, concepteur de Lenali, une plateforme offrant un accès dans plusieurs langues locales comme le bambara, le soninké, le songhaï, le mooré et le wolof, mais aussi le français, le directeur de Timbuktu Institute a tenu à magnifier cette "Afrique qui assure et qui rassure".
S'adressant spécifiquement aux bloggers, il leur rappelle leur rôle essentiel dans le progrès de nos sociétés et les avancées démocratiques : "Les bloggers sont la force montante de la démocratie et de la citoyenneté. Partout en Afrique ils ont lancé des alertes, participé à la résurgence et à la vitalité de la société civile, ils ont largement contribué aux changements démocratiques les plus significatifs ces dernières décennies sur le continent. Ces jeunes souvent sans moyens ont mobilisés avec génie les combats des communautés et rendu visibles leurs réussites"
Pour lui, ces jeunes africains "créatifs et ambitieux" détiennent une "arme de construction massive de cohésion sociale et de citoyenneté universelle et il faudra en user à bon escient" : "Je les exhorte à refuser la voie facile des fake news qui propagent la haine, si facile à répandre sur les réseaux sociaux, refuser l’instrumentalisation pour des combats qui ne sont pas les nôtres, je souhaite qu’ils acquièrent l’indépendance financière pour préserver leurs voix uniques… et qu’ils s’engagent pour la Paix partagée"
Cette double "utilité du numérique en termes de conquête des libertés et du progrès social mais aussi de marchés lointains" fait dire à Dr. Bakary Sambe que "les Startuppers sont eux aussi une chance pour l’Afrique. Il faut réfuter les discours qui les infantilisent ou en font un phénomène mineur" Pour le directeur de Timbuktu Institute qui, dans le cadre de son ouverture régionale a noué un partenariat stratégique avec un des leaders de la presse en ligne au Niger et dans le Sahel "Niamey et les 2 jours", "il faut investir dans les écosystèmes d’innovation afin d'inventer nos propres procédés et manière de faire, qui seuls nous permettront de compter sur nous-mêmes, développer notre propre appropriation des technologies et atteindre pas à pas les Objectifs de Développement Durable" 
 
By Lisa Bryant  -VOA

PARIS - The European Union is being urged to become more militarily involved in Africa's Sahel region amid a possible drawdown of U.S. troops and a fast-growing Islamist insurgency.

Fallout from escalating unrest in the arid scrubland edging the Sahara dessert — threatening to push deeper into sub-Saharan Africa and potentially export instability and migration across the Mediterranean Sea — offers a powerful argument for more European action. That is also the message from France, the United States and the EU’s own executive arm.

But it’s not clear whether EU member states have much appetite for more military action. And current EU policy in the region, some analysts say, appears disjointed and scattershot.

“We have more than 20 Sahel strategies from European countries,” said Bakary Sambe, director of the Timbuktu Institute, a Senegal-based research group. “That means there is no coordination — while the terrorist groups are coordinating, are trying to support each other and are multiplying their attacks against the countries.”

Creating a cohesive European Sahel strategy will be tested next month, during a Brussels meeting that will involve the five African nations most affected by the conflict, known as the G5 Sahel, and EU leaders.   

Adding to the pressure are chances the United States may cut troops in Africa — along with a newly released government report describing a U.S. strategic shift from reducing to containing the armed threat in the Sahel. Burkina Faso, Chad, Mali, Mauritania and Niger make up the G5 Sahel.

The March meeting with G5 leaders “will be the occasion to see how we can have a more effective strategy in the short, medium and long term” in the region, European Council President Charles Michel told Radio France Internationale, or RFI, in an interview this week. 

Guns not enough

Experts say guns alone won’t solve a spiraling humanitarian crisis that has killed thousands of soldiers and civilians, displaced hundreds of thousands of people, and left millions in need of assistance. Attacks in three of the most affected Sahel countries — Burkina Faso, Mali and Niger — have doubled each year since 2015, according to the U.S. government-funded Africa Center for Strategic Studies. 

“We begin to fear the very existence of the Sahel states is threatened,” African Union Commission Chairman Moussa Faki Mahamat told Le Monde newspaper, ahead of a recent AU summit that focused on the conflict, among other threats.  

For now, former colonial power France is shouldering most of Europe’s military response. Earlier this month, Paris announced it was adding 600 troops to its 4,500-person Operation Barkhane force in the region.   

But Barkhane’s presence has fueled public protests in the region — a key subject of a January summit in the French town of Pau between French President Emmanuel Macron and Sahel leaders. Moreover, the deaths of 13 French soldiers in a November helicopter collision has fed criticism at home that France is mired in a conflict it cannot win.

A potential U.S. drawdown in the Sahel would mark another setback. Earlier this month, French Defense Minister Florence Parly headed to Washington to lobby against the possibility.  

France’s Operation Barkhane “will not collapse if the United States withdraws their military assets,” defense expert Elie Tenenbaum told Le Monde, but it would see fewer fighter plane dispatches and reduced intelligence operations, among other changes. 

“The position of the United States is very clear — they don’t want to be involved in hard strategies, like France,” said analyst Sambe. “They invest in soft power. They empower West African countries to develop strategies against violent extremism.”

Yet for now, at least, hard power is also in demand.

“We need very strong military actions to stop the jihadist groups before they reach the coastal regions and link up with criminal networks, drugs and weapons,” Sambe said, naming countries like Senegal, Ghana and Guinea.  

Some African countries are responding. Chad was mulling deploying a battalion to the tri-border region of Niger, Burkina Faso and Mali that is considered the epicenter of the violence.

Mali plans to recruit 10,000 new soldiers — even as President Ibrahim Boubacar Keita told RFI his government was in contact with armed groups as a way to explore other “avenues” to end the violence.  

At the same time, the AU announced it would not start using a new fund for security operations until 2023, after it received less than half the contributions it hoped for.  

European response

In Europe, France is pushing for greater EU involvement in counterterrorism operations in the Sahel, notably through a new special forces task force called Takuba. But so far, not many EU countries have agreed or expressed interest in joining.  

And crucially, analysts say, France is not getting enough buy-in from its most important European partner, Germany. 

“France believes Germany hasn’t done enough” in the Sahel, Le Monde wrote this week, even as the Germans “reproach France for not working collectively.”

“France now wants better engagement from European countries so it can really be seen as cooperation between Sahelian countries and Europe — not just France alone,” analyst Sambe said, “but I don’t think the European countries are following France in this strategy.”

France is not alone in urging greater European participation.

“The French are calling on Europe to step up and do more” in the Sahel, the head of U.S. Africa Command, General Stephen Townsend, said in January, adding, “I absolutely think that is the right thing to do.”

EU foreign policy chief Josep Borrell offered a similar message last month, saying Europe “must absolutely do more” in the Sahel, while adding the bloc had agreed to enhance its strategic cooperation.  

To be sure, the EU has not been inactive. The so-called Sahel Alliance, grouping France, Germany, the EU and development institutions, has designated billions of dollars for regional development initiatives. Overall, the EU counts among the region’s biggest humanitarian donors, contributing more than $200 million to the crisis last year alone.  

Experts also note that having more boots on the ground is only a partial answer to the jihadist insurgency. What is needed, many say, is better governance and more investment in education and development.

“France has a very military approach in the region,” analyst Sambe said. “But I always say you have never seen a Kalashnikov [rifle] killing an ideology.”  

Source : La Croix-Africa[1]

 

Enseignant-chercheur à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, dans le nord du Sénégal, Bakary Sambe est fondateur du Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies, un centre de recherche qui privilégie des approches transdisciplinaires sur des questions liées au radicalisme religieux. Ce centre est basé  Dakar et  Niamey mais travaille dans d’autres pays de la région comme en Mauritanie, Mali, Burkina Faso etc.

 

Dans cet entretien avec La Croix Africa, il analyse les décisions prises, ces derniers jours, par le Burkina Faso et le Mali pour lutter contre les attaques terroristes.

 

La Croix Africa : Que pensez-vous de la décision prise par le Burkina Faso d’armer des civils pour repousser les attaques terroristes ?

 

Bakary Sambe: Cela s’inscrit dans le cadre des conclusions du Forum national sur la sécurité qui s’est tenu au Burkina Faso en 2017. Cela rejoint aussi l’option du Burkina de promouvoir la sécurité de proximité qui, dans certaines régions, a montré son efficacité. Mais dans le cas précis du Burkina Faso, ma crainte est que cela ne produise les mêmes effets qu’au Mali où le pouvoir central de Bamako, qui n’était plus en capacité d’assurer la sécurité, s’est mis à la déléguer à des civils. On a vu que lorsqu’on a armé les milices dogons pour lutter contre les terroristes de la Katiba Macina [un groupe djihadiste du centre du Mali] cela a abouti à des heurts intercommunautaires.

 

Dans le cas du Burkina Faso, j’ai peur que cela accentue encore la stigmatisation de certaines communautés, notamment les Peuls mais aussi que cela n’attise les tensions déjà vives entre communautés (peuls, mossi etc.).

 

Le Mali a annoncé, le 10 février, son intention d’établir le dialogue avec les chefs djihadistes Iyad Ag Ghaly du Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans (Gsim) et Amadou Koufa, chef de la Katiba Macina. Comment analysez-vous cette décision ?

 

Bakary Sambe: Sur le principe, le dialogue est toujours nécessaire car aucun conflit au monde ne s’est terminé sur un champ de bataille ; à un moment, il a fallu que les gens se parlent. Dans le cas du Mali, la manière dont le dialogue a été annoncé, en citant les deux interlocuteurs [Iyad Ag Ghaly et Amadou Koufa NDLR] montre que la stratégie qui est derrière cette initiative est de pouvoir couper les groupes terroristes transnationaux comme l’État islamique au Grand Sahara d’Abou Walid al-Sahraoui des groupes locaux. Ce n’est pas un hasard que cela se fasse au même moment où l’armée malienne est en train de se redéployer à Kidal. C’est une manière de dire qu’il y a une reprise en main de la situation par le pouvoir de Bamako.

 

 

Mais comme dans chaque opération, il y a des risques, le premier serait d’accroître le prestige Iyad Ag Ghaly, sans être sûr qu’il souscrive pleinement à la paix. L’autre chose, c’est une incertitude. Iyad Ag Ghaly sera-t-il prêt à abandonner son principe d’instaurer la charia qui était quand même, un des axes principaux de son combat ? En clair, ce dialogue suscite de l’espoir mais également des craintes. Les principales questions sont : sur quoi va-t-on négocier ? Qu’est-ce que les deux parties sont prêtes à lâcher ? Bamako est-il prêt à répondre à certaines exigences d’Iyad ag Ghali et ce dernier est-il prêt à abandonner son principe d’instauration de la charia ?

 

Quelle serait finalement la solution pour rétablir la sécurité dans le Sahel  ?

 

Bakary Sambe: Je crois qu’il faut traiter les racines du mal. On peut penser à des solutions à court terme mais on ne peut camoufler la racine du mal en traitant seulement des symptômes. Il faudra rétablir une confiance en l’État. Un véritable État qui soit fort et capable de répondre aux sollicitations des populations. Il faudra aussi une volonté, au niveau international, d’appuyer le Mali et le Burkina Faso et savoir qu’en plus du support militaire, il faudra promouvoir le développement durable, la bonne gouvernance. Il est important de gérer les urgences sécuritaires mais sans négliger les racines du mal qui gangrène cette région.

 

En plus de s’attaquer aux facteurs de radicalisation et d’extrémisme violent, les partenaires internationaux du Sahel doivent, en outre, prêter attention au facteur de résilience et aux ressources endogènes de résolution des conflits. Il est, par ailleurs, important de dissiper le malentendu à propos de la question sahélienne notamment celle liée à la présence de l’armée française mais également favoriser l’appropriation des projets de développement par les populations locales.

 

Recueilli par Lucie Sarr

(Niamey et les 2 jours) - Le dialogue avec les groupes terroristes est-il devenu un « mal nécessaire » au point que le Mali, malgré l’opposition catégorique de son principal allié dans la lutte contre le terrorisme, la France, se lance dans ce processus, que le directeur de Timbuktu Institute (Niamey-Dakar) considère comme « lourd de risques et plein d’incertitudes, bien qu’il faille, tôt ou tard, trouver une alternative au tout-militaire qui butte encore sur bien des difficultés  »

Le gouvernement malien a récemment assumé l’ouverture d’un processus de dialogue avec deux chefs terroristes que sont Iyad Ag Aly du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et Amadoun Khouffa de la Katiba Macina. Ce dialogue s’ouvre dans un contexte difficile où les attaques se multiplient dans la zone des trois frontières du Liptako-Gourma mais aussi au Niger qui a, récemment, subi d’énormes pertes dans la garnison d’Inatés et récemment à Chinégodar.

Dans un entretien avec Niamey et Les 2 jours, Bakary Sambe, directeur de Timbuktu Institute, basé à Dakar et à Niamey, revient sur les difficultés des processus de dialogue avec des groupes terroristes dont l’issue est souvent « incertaine », selon lui.

Pour ce spécialiste des réseaux transnationaux dans le Sahel, citant l’expérience nigérienne en matière de solutions alternatives au tout-répressif, « les tentatives de réintégration d’anciens combattants de Boko Haram au Niger ont, certes, donné le ton sur la nécessité assumée d’alternatives au tout-répressif à travers leur installation au camp de Goudoumaria- région de Diffa - mais que les difficultés et les complexités d’une expérience de DDRR sans accord de paix avaient vite émergé notamment dans la gestion des rapports avec les communautés locales »

« Dans le cas particulier du Mali, le dialogue avec les groupes terroristes nécessitait forcément que l’on soldât, au préalable, les incompréhensions autour des dispositions de la résolution 2058 - qui faisait la différence entre groupes armés et autres terroristes et dans un contexte de mutations profondes de la violence et de l’extension des zones de conflits loin de l’épicentre malien », fait remarquer le coordonnateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique.

Il rappelle, dans le même sillage, qu’ « il y a aussi le problème de l’identification de médiateurs avec une posture de neutralité, mais aussi de légitimité aux yeux des groupes terroristes alors que le leadership politique local est discrédité pour sa gouvernance au moment où les partenaires internationaux sont, aussi, parties prenantes du conflit »

Mais pour Bakary Sambe, « bien que l’accord de Ouagadougou ait pu poser les bases d’un possible dialogue, il excluait, systématiquement, les groupes terroristes et le gouvernement de Bamako n’avait pas saisi, pour ce qui est du Centre du Mali, l’opportunité offerte, en son temps, par la main tendue d’intellectuels et de personnalités originaire de cette région dans le cadre d’un groupe appelé G8 à l’époque »

« Aujourd’hui, le dialogue est envisagé, après plusieurs volte-faces des dirigeants maliens, dans un contexte où Iyad Ag Aly se positionne comme un interlocuteur légitime incontournable avec une certaine culture politique alors qu’Amadoun Khouffa n’a pas la même stature et pendant que son camp se fissure avec des dissidences qui risquent de rejoindre l’Etat islamique au Grand Sahara », selon Bakary Sambe.

S’interrogeant sur les issues incertaines d’un tel processus déjà perturbé par les récentes attaques de Koro et contre la gendarmerie de Sokolo dans le cercle de Niono (Région de Ségou) au centre-sud du Mali, le directeur de Timbuktu Institute, avertit que « l’un des principaux risques est qu’à l’issue du processus largement menacé aujourd’hui par plein d’incertitudes, Iyad Ag Aly en sorte renforcé sans souscrire à la paix et qu’Amadoun Khouffa soit délégitimé parce qu’il n’aura pas eu assez de marges de manœuvres pour positionner les revendications communautaires à l’origine de l’insurrection dans le Centre du Mali »

« Cette situation ferait, non seulement, retourner à un amer statu quo mais provoquerait une inévitable ruée vers les rangs de l’Etat islamique au Grand Sahara alors que le principal gain escompté en lançant ce processus de dialogue était justement de couper les réseaux djihadistes transnationaux comme Al-Qaida et l’EIGS de leurs couveuses locales », conclut Dr. Bakary Sambe.

Propos recueillis par Babacar Cissé

Adama Dieng est le Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la prévention du génocide. Il revient dans cet Appel à l'Action qu'il lance à l'occasion de la commémoration de la libération des camps de concentration et d'extermination nazis d'Auschwitz sur la nécessité d'un meilleur engagement et d'un leadership audacieux pour éviter la répétition de l'Histoire.

 

75 ans après la libération des camps d'Auschwitz, le monde n'a apparemment pas tiré les leçons de ce passé tragique - Les pays doivent s'attaquer aux causes profondes de la haine, y compris le racisme, défendre l'universalité des droits de l'Homme

Cette semaine, nous commémorons le 75e anniversaire de la libération en 1945 des camps de concentration et d'extermination nazis d'Auschwitz. La gravité de ce qui s'est passé dans ces camps, où plus d'un million de personnes ont été tuées dans d’horribles conditions, ne réside pas seulement dans le nombre de victimes et la reconnaissance de leur sacrifice, mais aussi dans notre capacité collective à tirer les leçons de cette tragédie et à faire en sorte qu'elle ne se reproduise plus. Nous le devons aux victimes.

Malheureusement, les campagnes menées avec succès contre la haine ne peuvent cacher les revers subis. 75 ans après la libération des camps, le monde ne semble pas avoir tiré les leçons de ce passé tragique. Les génocides au Cambodge, au Rwanda et à Srebrenica, les attaques en cours contre la population rohingya, les souffrances des communautés yézidies en Irak, et de nombreuses autres situations où il existe un risque élevé que des populations subissent des crimes d'atrocité, soulèvent de sérieuses interrogations sur notre engagement au-delà de notre rhétorique du «plus jamais cela». Si par le passé, le manque d’informations ou de connaissances suffisantes était invoqué pour ne pas prendre des mesures décisives, aujourd’hui, le monde dispose de nombreuses informations souvent à notre portée par un simple «clic». Pourtant, la volonté d'agir face à des informations crédibles demeure hésitante. Notre promesse de «plus jamais cela» doit commencer par un engagement indéfectible pour la coexistence pacifique, le respect des droits de l'Homme et de l'état de droit. L'Holocauste n'a pas commencé avec des chambres à gaz. Il a commencé par l'intolérance, la discrimination et la déshumanisation des Juifs comme «l'autre».

Gérer les signes d'alerte précoce et les facteurs de risque est la meilleure forme de prévention. Cependant, de plus en plus d’Etats, y compris ceux du monde développé, sont confrontés à des défis pour faire face à ces risques. L'Europe, le continent qui a été témoin de l'Holocauste, connaît aujourd'hui une intolérance et des tensions croissantes entre les communautés locales et ceux qui franchissent les frontières pour y chercher refuge, fuyant la persécution et d'autres violations graves des droits de l'Homme, ou qui cherchent désespérément à échapper à la pauvreté. Les communautés minoritaires, les migrants et les réfugiés sont souvent utilisés comme «cibles» faciles lorsque les débats politiques se polarisent. Alors que les extrémistes injectent un langage incendiaire dans le discours politique dominant répandu sous le couvert du «populisme», les discours et les crimes de haine ne cessent d'augmenter. En jetant le blâme sur les migrants et les réfugiés en les qualifiant de menace pour la sécurité nationale, les dirigeants d'extrême droite et les leaders populistes entretiennent un climat où il est justifié de commettre des actes de violence contre eux comme moyen de «légitime défense». Ces mouvements extrémistes se réapproprient le récit de «l'autre» que Hitler maîtrisait si bien.

De nos jours, la dissémination rapide du discours de la haine à travers les médias sociaux abondamment utilisés par la jeunesse pourrait avoir des conséquences néfastes sur la façon dont les jeunes perçoivent le monde et l'interaction entre les communautés pour les prochaines générations.

Un leadership audacieux est nécessaire pour contrer ces faux discours de haine et de discrimination. Les dirigeants progressistes doivent approfondir leur compréhension du problème et assumer leur responsabilité de protéger toutes les populations menacées. Les pays doivent s'attaquer aux causes profondes de la haine, y compris le racisme et la discrimination, défendre la société civile, l'état de droit et l'universalité des droits de l'Homme. La poursuite de l'érosion des protections que confèrent les droits de l'Homme et celle des normes démocratiques exacerbe le risque potentiel de conflits violents, conduisant à des actes d'atrocités. Aucun pays au monde ou aucune région n'est à l'abri des conflits fondés sur l'identité et, par conséquent, personne ne devrait faire preuve de complaisance quant au respect de sa responsabilité de protéger.

Alors que nous commémorons l'anniversaire de la libération des camps d'Auschwitz, ainsi que le 75e anniversaire de la Charte des Nations Unies, nous devons réfléchir à ce que nous pouvons faire pour prévenir la répétition des atrocités et faire avancer les engagements et les valeurs de la Charte. Les atrocités dont le monde a été témoin depuis l’adoption de la Charte devraient nous rappeler constamment que ce qui s’est produit il y a 75 ans se produit encore aujourd’hui, avec des conséquences catastrophiques pour l’humanité. Un engagement renouvelé en matière de prévention est nécessaire pour honorer véritablement les victimes de l'Holocauste non seulement en paroles mais également en actes. Autrement, nous ne tiendrons jamais la promesse de la Charte de «sauver les générations futures du fléau de la guerre».

Adama Dieng
Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la prévention du génocide

Les rivalités entre Al-Qaida et l’Etat islamique vont connaître une nouvelle tournure ces prochains jours et vont restructurer les rapports de force au Mali et plus particulièrement dans le Centre. En effet, des éléments du Front de Libération du Macina reprochent de plus en plus à Amadoun Khouffa une certaine propension à « s’aliéner » avec cette nébuleuse et d’être le « valet » d’Iyad Ag Ali. Rappelons que ce dernier naquit de la fusion d’Ansar Dine, des forces d’Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) dans le Sahel, de la Katiba Macina et de la Katiba Almourabitoune.

Des circonstances inattendues sont en train de les pousser dans les bras d’Aboul Walid Al-Sahraoui, le chef de l’Etat islamique au grand Sahara (EIGS) ayant conduit les attaques d’Inatés, au Niger, et dont le film a été largement diffusé et commenté par un de ses bras droits, Abdoul Hakim Al-Sahraoui, un combattant maure qui serait originaire des camps du Polissario. Sa voix facilement reconnaissable avertit, d’un ton menaçant, les dirigeants de toute l’Afrique de l’Ouest de « l’imminence d’un grand chaos et des attaques encore plus violentes pour combattre leurs régimes corrompus » ; La réente attaque de Chinégodar, encore au Niger, semble donner le ton.

Mais, un fait important vient, aujourd’hui, complexifier la carte du djihadisme au Sahel et dans toute la région qui, en plus des graves problèmes sécuritaires, va être de plus en plus marquée par l’intense rivalité entre les groupes terroristes malgré les impressions de convergence et de coordination. Le contrôle du Mali et de la « zone des trois frontières » représente un enjeu crucial pour les différents groupes.

Des sources dans la zone du Macina au centre du Mali rapportent à Timbuktu Institute que des heurts violents ont eu lieu le 10 janvier dernier, dans le Liptako (côté malien) entre des éléments d’Amadoun Khouffa, le chef du Front de libération du Macina et des récalcitrants au sein de son mouvement affiliés à un certain Mamadou Mobbo (l’érudit en Peul du Macina).

Il faut rappeler que Mamadou Mobbo fut de ceux qui avaient aidé à légitimer le combat d’Amadoun Khouffa, au début, dans le Macina dont il n’est pas originaire en réalité. Khouffa qui est plutôt de Tenenkou dans la Gourma avait besoin de Mamadou Mobbo pour se faire accepter dans le Centre du Mali pour mettre en place le FLM et en faire un outil de conquête et de recrutement en milieu Peul.

D’après les même sources de Timbuktu Institute, il y aurait, depuis quelques temps, au sein du FLM, trois points de désaccord entre d’Amadoun Khouffa et son désormais ancien lieutenant et soutien de taille dans les milieux érudits du Macina. Ces points de désaccord renseignent davantage sur l’enjeu de la répartition des ressources dans le Centre du Mali et les conflits qui minent le Sahel, de manière générale.

Les partisans de Mobbo reprochent, en fait, au chef du Front de libération du Macina sa « mauvaise gestion des rapports locaux autour des ressources naturelles et les pâturages ». Ils désavouent aussi la délimitation des voies de passage et bourgoutières qu’ils veulent voir gouvernés conformément à la « Dina » de Cheikhou Amadou.

Lors des affrontements de mi-janvier, deux éléments de la faction de Mamadou Mobbo ont été tués par les partisans de Khouffa. A la suite de ces profondes divergences, le groupusule affilié à Mamadou Mobbo fort d’un certain soutien local et des dignitaires Peuls aurait décidé de rejoindre l’Etat islamique au Grand Sahara et faire allégeance à Aboul Walid Al-Sahraoui.

Timbuktu Institute reviendra sur les différents enregistrements et déclarations des deux camps qui s’affrontent désormais ouvertement dans le Macina au risque de voir le FLM divisé et peut être affaibli.

Source : Timbuktu Institute